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QVT: Les pièges à déjouer

Article 6 / 10

Qualité de Vie au Travail (QVT) : Les pièges à déjouer

Par
Prendre soin de moi 09.02.21

Qu’on soit convaincu ou non de son bien-fondé et de son efficacité, peu importe : la QVT est bel et bien aujourd’hui une obligation légale et encadrée. Alors comment la mettre en œuvre en évitant les pièges les plus fréquents ?

Se tromper de définition

Si on se souvient de son étymologie[1] le désignant comme un moyen de torture, difficile de ne pas voir dans le travail un (long) mauvais moment à passer. Alors les tentations d’arrondir les angles sont compréhensibles. En plus d’assurer une sécurité dans l’exercice matériel de son métier, la QVT peut aller plus loin pour le salarié : lui faciliter le quotidien par des services périphériques, adoucir sa journée par de petites attentions et passer insensiblement de la qualité de vie au travail à la recherche du bien-être, voire à une injonction au bonheur. Mais comme le rappelle Nicolas Bouzou[2], « le bonheur ou la joie comme conséquence d’un travail réussi, oui, comme condition de performance, non ». La QVT ne doit pas être instrumentalisée pour accroître la productivité des salariés malgré eux.  

 

Se tromper de méthode

Quand il faut déployer de zéro une démarche de QVT, le risque est grand de se tromper de méthode : trop vite, trop confus, trop global. Il est primordial d’estimer sur le terrain la réalité et la diversité des métiers de son entreprise. Une même mesure QVT peut enchanter certains et en rebuter d’autres. D’où la nécessité de multiplier les évaluations variées (flash, annuelles…) afin de sonder le maximum de personnes sur les cinq aspects de la QVT (matériel, organisationnel, relationnel, environnemental et individuel). Une étude approfondie des résultats doit ensuite permettre de déterminer les causes effectives des dysfonctionnements pour proposer des mesures autour d’axes d’amélioration cohérents avec les besoins. Fixer des objectifs quantifiables évite aussi de disperser les crédits sur des formations ou des aménagements pas adaptés.

 

Se tromper de conception

Enfin, comment améliorer concrètement la QVT sans faire de ses salariés des enfants gâtés ? Car les Chief Happiness Officer[3] sont souvent caricaturés en responsable du babyfoot ou de l’apéro hebdomadaire. Plusieurs dérives encore : agir dans une optique uniquement marketing pour dorer l’image de la marque entreprise, jouer la démagogie en distrayant des vrais problèmes, virer Père Noël en distribuant à tout-va (qu’est-ce que ça cache ?). Mais le travail, selon Denis Monneuse[4], rime avec confort ET effort. Mettre ses salariés dans un cocon ouaté ne leur fait trouver ni sens ni reconnaissance dans leur tâche. Il ne faut pas gommer l’exigence, garder en tête que l’entreprise a d’abord pour fonction de produire et d’assurer par la qualité de vie collective AU travail les conditions d’un possible accomplissement individuel PAR le travail.

Source(s)

[1] Le tripalium, sur lequel est construit le français « travail », était un instrument de torture dans l’antiquité romaine.

[2] Nicolas Bouzou et Julia de Funès, La Comédie (in)humaine, L’Observatoire 2018

[3] Chief Happiness Officer, ou Responsable du bonheur, a pour mission de favoriser le bien-être au travail.

[4] Denis Monneuse, enseignant-chercheur, Directeur du Cabinet de conseil « Poil à gratter », dans son article « Trop de QVT tue la performance », in MAG RH mai 2019.