3 mn
La santé auditive des ados

La santé auditive des ados

14.01.20

Ils risquent gros mais n’en ont pas conscience. Les 15-17 ans ont des pratiques qui mettent vraiment en danger leur santé auditive mais restent le plus souvent sourds aux messages de prévention. Un vrai problème de santé publique.

Une bulle inoffensive ?

Ils passent des heures les écouteurs rivés aux oreilles : dans les transports en commun, sur la route du lycée, quand ils ne s’endorment pas carrément avec, façon doudou. Mais quel mal à cela ? Le principal problème est qu’on ne voit pas le problème. L’ado se sent bien dans sa bulle, son petit univers. Il est irrigué par des flux sonores pourtant délétères : des rythmes souvent ultra rapides et saccadés, des sons saturés, le tout dans un format d’écoute dégradé* qui pousse à augmenter indéfiniment le volume pour se couper des bruits extérieurs. Et l’usage des oreillettes n’arrange rien : très discrètes, elles passent inaperçu et s’installent dans le conduit auditif pour le pilonner de l’intérieur. Omniprésent aussi pour les jeux vidéos en ligne, le casque maintient les oreilles de nos ados dans un brouhaha nocif d’explosions, de tirs virtuels, de cris d’alerte ou de victoire.

*Le format mp3 plébiscité par les ados pour sa légèreté compresse le son, augmente le niveau des basses et supprime les temps de pause indispensables pour l’oreille.

Des pratiques à risque

Ce n’est pourtant pas mieux quand l’ado se risque à tomber le casque. C’est le temps des premiers concerts collés aux enceintes, des premières répét’ avec le groupe entassé autour de la batterie dans le garage ou la cave, des mobylettes dont on trafique un peu le pot d’échappement ou dont on fait hurler les pneus ou encore des sports extrêmes (snow board, boxe, rugby, surf…) Autant de chances supplémentaires de se démolir les tympans. Car si l’écoute prolongée provoque à terme une fatigue auditive, une altération de l’audition et une perte d’audition précoce, l’exposition même très brève à un bruit traumatique détruit définitivement des cellules qui ne se renouvelleront pas. Et il n’est pas nécessaire de dépasser 120 dB (seuil de la douleur) pour engendrer des lésions irréversibles.

Des pistes pour se protéger

Les signaux d’alerte sont multiples. Ça peut démarrer avec des troubles de la concentration, des difficultés à suivre une conversation basique, des bourdonnements, sifflements et acouphènes qui persistent le lendemain d’un concert : 3 jeunes sur 5 avouent en avoir déjà souffert**. Des signes qui doivent alerter et faire consulter un ORL s’ils se prolongent. Comme il n’existe aucun traitement curatif, tout est affaire de prévention. Remplacer les écouteurs par un casque externe insonorisé, limiter le volume et la durée d’utilisation (2h maximum d’affilée), porter des bouchons d’oreille spécifiques et s’éloigner des enceintes en concert, faire des pauses au calme 30 mn toutes les 2h en soirée. Des kits répertorient conseils et adresses pour adopter les bons réflexes, préserver son capital auditif et éviter des répercussions plus graves sur sa vie d’adulte.  

**Enquête JNA – Ifop mars 2018 «Acouphènes et hyperacousie : fléaux du 21e siècle ?»