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La retraite : un phénomène de société autant qu'un événement individuel

La retraite : un phénomène de société autant qu'un événement individuel

08.11.19

Auteure de La retraite en clair, comment passer le cap ! chez Ellipses éditions, Sophie Muffang voit cette étape charnière comme le dernier étage de la fusée boulot. Lucide et un brin provocatrice, la psychologue place la notion de désir au centre de sa réflexion.

Quelle réaction a-t-on face au passage à la retraite ?

Des réactions très différentes car la retraite est un phénomène de société autant qu’un événement individuel. Pour les uns, ça sera « Mon dieu, quelle horreur ! je vais devoir supporter mon conjoint tous les jours ! » Pour d’autres, ce sera un vrai bonheur : « Je vais enfin pouvoir profiter de mon temps. » C’est toute la différence entre la vacance et les vacances. La vérité, c’est qu’on ne prémédite pas ses réactions. Et finalement, j’ai tendance à rassurer les inquiets et à faire redescendre sur terre les exaltés. Et puis tout dépend aussi de la manière dont on a pris sa retraite. Se faire virer avec l’étiquette d’inutile collée sur le dos n’aide pas.

Comment passer ce cap en toute sérénité ?

A part faire le bon état des lieux, je dirais prendre so temps. On réalise vraiment qu’on est à la retraite quand on a fait le tour de l’horloge. Les vraies questions se posent un an après la quille. Quand on a grillé ses cartouches, comme participer à des actions associatives, pratiquer un sport, aller au cinéma ou voir ses petits-enfants. Mais rien de tout ça ne vous fait changer de statut. On peut même dire que les changements, quand ils deviennent habituels, se transforment vite en routine. Il faut donc commencer par accepter sa place. Et c’est loin d’être évident. Pour une raison essentiellement. Toute notre vie professionnelle, on nous apprend à faire. Et là, d’un coup, il faut être. Et personne n’échappe à ce constat. Responsable balayette ou directeur commercial, c’est pareil !

Vous placez le désir au-dessus de tout. Pourquoi ?

Parce que c’est le moteur de toute chose. C’est comme dans une relation de couple. Il n’y a rien de pire que de ne pas avoir de passion. Avoir envie, c’est se projeter, donc ne pas regarder en arrière. Attention, il ne faut pas non plus se noyer dans la suractivité pour combler la peur du vide mais bien donner du sens à ce que l’on souhaite au plus profond de soi. A 65 ans, on a encore un long chemin devant nous. En espagnol, retraité se dit « jubilado » comme un hymne à la joie. On ferait bien de s’en inspirer.