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un ordinateur et un téléphone sont posés sur une table, deux tablettes sont pointées par plusieurs doigts

Peut-on vivre sans internet ?

30.10.19

Je vous parle d’un temps que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître… Avant qu’internet ne déboule dans nos vies, au début des années 2000. La question se pose  sérieusement aujourd’hui : est-ce possible de vivre sans internet ?

L’idée est saugrenue si vous avez moins de 30 ans. Mais elle fait encore sens - et réminiscence - pour les générations précédentes. Autrefois (!), les activités en clubs ou associations remplaçaient les réseaux sociaux, les loueurs de vidéos les téléchargements de vidéos, les fax nos mails, les dictionnaires et encyclopédies faisaient encore le poids contre Wikipedia et les guichets étaient nos applis… Assurément, la vie était possible sans Internet... Que nous a-t-il apporté de plus, le réseau mondial ?

Pour le meilleur, la rapidité des échanges, le potentiel et l’efficacité des recherches, l’accessibilité à de nombreux services d’information, de loisirs etc…, bref un confort pratico-ludique et le monde à portée de clics. Pour le pire, une cyberdépendance, une saturation d’informations, de services et de promotions, l’accélération du temps, la virtualisation de plus en plus obligée de nos vies et l’obsolescence programmée de la vie privée.

Aujourd’hui plus de 90 % des Français sont connectés. Les 10 % restants ne le sont pas par choix idéologique, à cause de la fracture numérique sociale ou géographique, dans les zones blanches sans accès à l’internet haut débit, ou en raison de leur âge. Parmi les 10% non connectés, 70 % d’entre eux ont plus de 85 ans*.

* « Sobriété numérique : les clés pour agir ? », de Frédéric Bordage. Ed. Buchet-Chastel

Sans internet, point de services ?

Pour le travail, il va de soi que cela est devenu difficile voire impossible pour la majorité des activités professionnelles d’être déconnecté. Pour les loisirs et la vie sociale, cela reste tout à fait possible mais plus ou moins confortable, selon son âge, ses centres d’intérêt, son degré de connexion. Pour la vie de famille, la réponse est partagée. Rester en contact visuel avec ses enfants à l’autre bout du monde ou ses petits-enfants à l’autre bout de la France semble appréciable. Etre rivé les yeux sur son écran chacun dans des pièces différentes de la maison, plus questionnant.

La vie sans internet n’est quasiment plus possible non plus pour les citoyens et les usagers de l’administration publique (services fiscaux, santé, emploi…) et privés (fournisseurs d’énergie, transporteurs, banques, assurances…), de plus en plus dématérialisés.

De la dématérialisation à la sobriété numérique

Mais cette dématérialisation, faite au nom de la simplification de la vie publique et de la préservation de l’environnement, a-t-elle encore un sens quand on connaît aujourd’hui le poids énergétique de nos clics ? Frédéric Bordage*, expert français de la sobriété numérique, rapporte que le numérique représente 4,4 % de l’énergie primaire consommée par l’humanité et 4,2 % des émissions de gaz à effet de serre, soit l’équivalent de la consommation d’un 7ème continent de la taille de trois fois la France. L’homme, dit-il, est allé sur la Lune en 1969 avec l’équivalent de 70ko de données ! Le tout numérique contribue à la surchauffe de notre planète aujourd’hui et nous ne sommes même plus capables d’envoyer un e-mail avec le même nombre de données. De quoi nous faire réfléchir. La low-tech et moins d’internet plutôt que sans, une urgence pour éviter l’effondrement ?