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Droit à la déconnexion

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Droit à la déconnexion

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08.02.21

Des milliers de mails échangés chaque jour dont une bonne partie hors horaires de travail. Le droit à la déconnexion a beau avoir tenté de mettre de l’ordre dans le temps de travail, 67% des salariés disent ne pas réussir à décrocher[1]

Un cadre officiel difficile à appliquer

Il est entré dans le Code du travail en 2016. Le droit à la déconnexion devait aider à faire respecter le temps de repos, de congé, la vie personnelle et familiale. Concrètement, vous avez le droit de ne pas consulter ni répondre à un message numérique professionnel en dehors des plages définies chaque année lors de la négociation collective sur la QVT. Un acquis appréciable. Et pourtant. D’abord, certains sont plus concentrés et productifs quand les enfants sont couchés ou le weekend, au calme chez eux. D’autres, par peur de manquer une information importante (le syndrome Fomo[1]), de passer pour un tire-au-flanc ou de crouler sous le travail le lendemain, négligent ce droit et risquent au mieux le blurring[2], au pire le burn out[3]. Mauvais pour le salarié et pour l’entreprise qui rebaptise parfois ce droit en devoir de déconnexion, en appliquant des mesures radicales (fermeture des serveurs, destruction des emails, blocage des téléphones pro, réponses automatiques).

 

Vers une écologie de l’attention

Mais les enjeux sont plus complexes qu’une simple négociation horaire. Yves Citton[4] s’est penché sur le fonctionnement de l’attention et met en garde contre le multi-tasking sur-valorisé dans notre société. Notre cerveau ne peut pas faire plusieurs choses à la fois. Le en même temps est en fait un alternativement très rapide. Et les plages de déconnexion sont vitales, mais pas forcément quand on le croit. Durant certaines phases de sommeil en effet, on trie, on synthétise les informations, on explore et on se réveille avec l’idée parfaite pour boucler ce dossier : est-ce du travail ? La connexion, elle, implique une immédiateté entre le stimulus et la réponse. « Une société humaine qui ne donne pas cet espace protégé de déconnexion et d’écart, dans lequel on puisse rêver, imaginer autre chose, un autre monde, est une société qui nous écrase », affirme-t-il.

 

Des solutions pour décrocher

Alors, comment décrocher ? Au niveau collectif, les représentants des salariés y travaillent lors des négociations QVT. Au niveau personnel, cela exige une auto-discipline constante. D’abord bien connaître son rythme optimal, même pendant la journée s’octroyer des moments off pour lire, déjeuner, discuter avec ses collègues, en cas de télétravail établir une coupure physique entre son espace privé et son espace de travail, télécharger une appli[5] qui aide à canaliser son attention, désactiver les notifications etc. Bref, rester concentré pour mieux vivre sa vie.

 

[1] FoMO = Fear of Missing Out = peur de manquer une information importante si on n’est pas connecté en permanence tant sur les réseaux sociaux que dans l’activité professionnelle

[2] Blurring = effacement de la frontière entre sphère privée et professionnelle

[3] Burn out = syndrome d’épuisement professionnel

[4] auteur de Pour une écologie de l’attention

[5] Application type forest qui définit des temps de déconnexion : plus vous restez concentré sur un travail, plus vous faites pousser un arbre virtuel.