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enfant handicapé mangeant un gâteaux

Handicap mental et alimentation

Par
ingénieure en alimentation et santé
Bien manger 14.10.20

Les troubles de l’alimentation chez les personnes en situation de handicap mental sont bien présents et peuvent rendre la période du repas compliquée.

Le repas est destiné à nous apporter de l’énergie nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme. C’est également un moment d’échange, de convivialité et de partage avec les personnes présentes autour de la table. Pour la personne en situation de handicap et l’aidant, les repas sont des étapes primordiales dans le parcours de vie.

Les troubles alimentaires

Les troubles de l’alimentation chez les personnes en situation de handicap mental ne doivent pas être pris à la légère car ils peuvent conduire bien souvent à un état de dénutrition, ou à l’apparition d’un surpoids ou de l’obésité.

80% des personnes en situation de handicap mental sévère ne peuvent pas manger seules, 60% mastiquent mal, 22% sont dénutries sans que les proches s’en rendent compte, 10% font des fausses routes en mangeant ou en buvant, 33% ne s’hydratent pas suffisamment, plus de 15% ont des dents en mauvais état et 15% s’alimentent par sonde.

De nombreux éléments à prendre en compte avant le repas

La préparation du repas ne doit pas être prise à la légère. Celui-ci doit être le plus équilibré possible pour répondre aux besoins de l’organisme. Il doit être composé de protéines que l’on retrouve dans la viande, le poisson, les œufs, les légumes secs, en privilégiant les protéines animales. Ajoutez des glucides principalement des sucres lents que l’on retrouve dans les féculents mais aussi des sucres rapides de bonnes qualité que l’on va retrouver dans les fruits par exemple. Enfin, ajoutez des lipides qui correspondant aux matières grasses, principalement d’origine végétale.

Le repas est un moment qui peut en demander beaucoup aux personnes présentant un handicap sévère puisque le fait de manger leur demande énormément de concentration afin de pouvoir effectuer, pour ceux qui le peuvent, le geste « main-bouche », ne pas faire de fausse route lors de la déglutition, bien mastiquer…

Egalement, il est important que le repas soit un moment de plaisir, de confort et de sécurité. Pour cela, l’aidant doit installer la personne dans un endroit où elle se sent bien et avec les aides techniques adaptées si la personne en a besoin.

> Découvrez notre article " La santé de l'aidant familial"

La personne doit se sentir un minimum autonome ce qui permet de compenser ses difficultés. Pour cela, permettez-lui d’exprimer ses choix alimentaires, ses goûts… Faites-la participer à l’élaboration des menus à l’aide de petits jeux adaptés à son handicap.

Mettez en place un rituel permettant à la personne en situation de handicap que le moment du repas arrive pour ne pas la perturber et que le repas ne commence pas par une situation stressante. Pour cela, déposez-lui une serviette de table sur ses genoux qui sera synonyme du repas. Habituez-la à avoir une place définie à table, ce sera un repère supplémentaire, et elle se sentira en sécurité.

Pendant le repas

Durant le repas, le rôle de l’aidant à toute son importance étant donné que c’est lui qui va compenser les difficultés rencontrées par la personne en situation de handicap tout en maximisant son autonomie.

Le repas est un moment d’échange important. Certaines personnes souhaitent converser avec l’aidant, cela peut permettre de distraire le rapport avec l’alimentation et ainsi faciliter la prise alimentaire, mais veillez toutefois à ce que cela ne gêne pas le bon déroulement du repas.

Permettez à la personne d’exprimer son ressenti sur le repas si cela entre dans ces capacités. Demandez-lui si elle aime ou non, si elle a soif, si c’est chaud, si elle désire du pain… Adaptez ces questions au handicap. Si la personne n’arrive pas à parler, vous pouvez utiliser des images émoticônes par exemple.

Aidez la personne à maximiser son autonomie en lui mettant à disposition des couverts, des verres, des assiettes… adaptés, des supports antidérapants pour lui permettre de manger seule si elle le peut. Demandez conseils à un ergothérapeute pour avoir des éléments bien adaptés et ne pas décourager la personne.

> A lire aussi : Quels sont les droits spécifiques aux personnes handicapées ? 

Toutefois, ne laissez pas la personne sans surveillance, en cas de fatigue elle pourrait arrêter de s’alimenter alors qu’elle a encore faim. Dans ce cas vous pouvez prendre le relais ou l’aider à remplir les dernières cuillères restant dans l’assiette ou encore lui demander de manger un peu moins vite si jamais le rythme est trop soutenu. Observez bien les faits et gestes.

Si la durée du repas est très longue (supérieure à 45 minutes), fractionnez-le en plusieurs repas plus petits.

Adaptez les textures. S’il y a besoin de mixer certains aliments, ne les mélangez pas tous ensemble au risque de ne plus retrouver les goûts et que la personne n’apprécie pas le mélange. Profitez toutefois d’enrichir les plats si la personne mange peu et que son alimentation respecte difficilement l’équilibre alimentaire.

Attention à la température des plats. Servez quand vous le pouvez le plat à température ambiante notamment lorsque la personne présente une hypersensibilité au froid ou au chaud car la personne pourrait très bien manger mais se brûler sans le dire. Pour d’autres, jouez sur le chaud ou le froid en restant dans des températures raisonnables pour stimuler le réflexe de déglutition.

Ne négligez pas l’hydratation. Remplissez le verre. Si la personne est en capacité de boire normalement, mettez son verre à proximité, si elle peut aspirer, mettez-lui une paille à disposition. Il est préférable que la personne boit peu mais souvent

Comment évaluer l’état nutritionnel de la personne en situation de handicap ?

L’aidant peut évaluer facilement de lui-même quelques éléments tels que :

  • Perte ou prise de poids
  • Calcul de l’IMC (rapport du poids sur la taille au carré)
  • Diminution de l’attention
  • Fatigue inhabituelle
  • Apparition de certains signes cliniques

En cas de doute, consultez rapidement un médecin pour confirmer ses observations et procéder à des examens complémentaires.

Source(s)

Réseau Lucioles